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 Entrevue avec Céline Gallipeau: profession: journaliste

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MessageSujet: Entrevue avec Céline Gallipeau: profession: journaliste   Jeu 16 Aoû - 10:50

Céline Galipeau/ profession: journaliste

Marc Cassivi

La Presse

Je rencontre Céline Galipeau à La petite ardoise, avenue Laurier. La journaliste prépare une nouvelle saison à la barre du Téléjournal/Le Point, édition week-end. Elle est revenue à l'animation en 2003, après des années comme correspondante à l'étranger pour Radio-Canada, à Londres, Moscou, Paris et Pékin, tout en se démarquant par des reportages en zone de conflit, notamment en Tchétchénie, en Irak et en Afghanistan. Discussion autour d'un métier passionnant.

Marc Cassivi: Vous avez été loin du Québec pendant plus de 10 ans. Trouvez-vous que l'information internationale intéresse beaucoup plus les gens aujourd'hui qu'au moment où vous êtes partie? J'ai encore l'impression que l'international est le parent pauvre de l'information...

Céline Galipeau: Je pense qu'il y a eu une grosse transformation. De manière générale, que ce soit dans les journaux ou à la télé, on fait davantage de couverture internationale. Je crois que c'est beaucoup dû au 11 septembre. La vie des correspondants à l'étranger a beaucoup changé à ce moment-là. On n'a jamais autant travaillé. Je crois aussi que le public a compris que ce qui se passe dans des pays très lointains peut avoir un impact très direct sur notre vie. Évidemment, on n'en fait jamais assez. Et c'est vrai que par rapport à des pays qui ont une tradition en ce sens - la France, les États-Unis ou la Grande-Bretagne -, on en fait moins. Mais je crois que pour un «petit joueur» international, nous faisons beaucoup d'efforts. Ce que je regrette le plus, c'est que l'on ne puisse pas couvrir des conflits à long terme parce qu'on n'en a pas les moyens. On ne suit pas ce qui arrive en Irak pour des raisons de sécurité entre autres. Avec nos yeux, notre vision, nos valeurs. On ne sait pas vraiment ce qui se passe sur le terrain. Tous les jours on reçoit des images d'agences, on nous dit combien il y a de morts, mais on ne sait pas comment les gens vivent. Ça devient très routinier, et très cynique d'une certaine façon: «Il y a juste 40 morts, on en parlera demain.» C'est terrible. On perd toute l'humanité de ce conflit. On a quand même une responsabilité face à ces gens qui vivent des situations terribles.

M.C.: On vous proposerait demain une affectation à Bagdad

C.G.: J'irais. Mais j'irais avec les contraintes. Et en ce moment, elles sont tellement grandes que la direction de Radio-Canada juge que ça ne vaut pas la peine. Moi, j'irais juste pour être en mesure de faire parler quelques personnes. En ce moment, je trouve que c'est ce qui nous manque. Les gens.

M.C.: D'ici cinq ans, si la chaise de chef d'antenne du Téléjournal se libère, mais qu'on vous propose aussi de retourner en Chine comme correspondante, vous choisissez quoi?

C.G.: Ça va être un choix déchirant. J'essaie de ne pas y penser parce que je me rends compte que je n'ai pas le contrôle de ça. Alors, je reste ouverte à tout. Je me suis rendu compte que les choses ne sont pas aussi simples qu'on le pense. J'ai une responsabilité face à l'animation que je ne sentais pas avant. J'ai l'impression que le public m'a acceptée. Maintenant, je ne peux pas dire, du jour au lendemain: «Salut! Au revoir! Merci, mais je m'en vais.» Je profite de ce que j'ai en ce moment. Je me suis habituée au week-end. J'aimerais faire deux ou trois reportages à l'étranger chaque année si c'est possible. Ça va très bien. Ce qui est difficile lorsqu'on a un poste comme le mien, c'est qu'on ne peut pas parler librement de ses ambitions. Je l'ai fait une fois et j'ai compris que c'était LA chose à ne pas faire (elle a déclaré publiquement qu'elle souhaitait succéder à Bernard Derome lorsqu'il est revenu au Téléjournal, ndlr). J'ai beaucoup souffert de ça. Ç'a été extrêmement dur pour moi. Parce que d'une certaine façon j'ai été extrêmement naïve. C'est à ce moment que j'ai réalisé que j'étais revenue au Québec et que je ne pouvais pas dire n'importe quoi. J'ai compris aussi les règles de la maison, que je connaissais peu parce que j'étais à l'étranger. Il y a des gens qui m'ont accusée d'être déloyale à Radio-Canada, ce qui n'était pas vrai du tout. J'ai toujours travaillé pour Radio-Canada et je travaillerai toujours pour Radio-Canada. Entre-temps, je me suis améliorée à l'animation. J'en avais besoin. Effectivement, si on m'avait mis dans la chaise à ce moment-là, peut-être que ç'aurait été aussi catastrophique. C'est une chance que j'ai eue de pouvoir, dans l'ombre, faire ma place.

M.C.: Croyez-vous que ce qu'on vous a reproché à l'époque avait à voir, d'une façon ou d'une autre, avec le fait d'être une femme?

C.G.: Non, je ne crois pas. Je pense plutôt que c'était un moment difficile pour Radio-Canada (dont le virage «convivial» avec Simon Durivage et Gilles Gougeon avait été fortement critiqué). J'ai réalisé que ce n'était pas simple pour la direction d'avoir tout à coup à gérer une autre crise en plus de la crise. Les patrons ont pris une décision qui était sans doute la meilleure à l'époque (rapatrier Derome au Téléjournal). J'aurais dû faire comme tout le monde à Radio-Canada. On n'est pas toujours content de certaines décisions, mais on doit être loyal envers notre employeur comme on est loyal envers notre public.

M.C.: La place des femmes a changé en information. Les chefs d'antenne des autres réseaux sont des femmes. Les choses changent, mais il reste encore beaucoup d'iniquités.

C.G.: On a fait des progrès immenses. Dans la salle des nouvelles chez nous, il y a aujourd'hui plus de femmes que d'hommes.

C.G.: Il y a beaucoup de femmes dans des postes importants, à l'étranger notamment. Mais il reste encore des bastions, très difficiles à prendre. Je pense à Katie Couric - qui est quand même la seule femme aux États-Unis à animer un grand bulletin d'information - et à toutes les critiques auxquelles elle a dû faire face depuis 2006. Au Québec, on est un peu plus avant-gardiste. Il y a plusieurs années que Sophie Thibault fait ce travail. Le fait qu'une femme (Esther Bégin) ait été nommée à TQS pour animer le bulletin de fin de soirée n'a même pas fait un pli dans la population. Les mentalités changent, même s'il y a beaucoup de chemin à faire, notamment dans le dossier de l'équité salariale. Il reste que dans les trois quarts du reste du monde, la situation des femmes est incomparable. On ne peut pas seulement se concentrer sur notre lutte, même s'il faut la faire. Je pense à toutes les femmes qui sont brûlées, violées, qui meurent à la naissance juste parce qu'elles sont nées filles. C'est vrai qu'on a des problèmes et qu'on devrait en être offusquées. Mais les choses changent beaucoup plus vite chez nous qu'elles ne changent ailleurs. Je pense souvent à ces femmes que j'ai rencontrées en reportage et pour qui la vie est beaucoup plus difficile que pour moi. Mon premier combat, c'est de mettre en lumière le combat de ces femmes-là. Nous les femmes, il faut que nous restions vigilantes, mais ce qui se passe ailleurs dans le monde est encore plus difficile à accepter.

Source: http://www.cyberpresse.ca
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