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 Christiane Charette, l'intervieweuse interviewée

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MessageSujet: Christiane Charette, l'intervieweuse interviewée   Mer 13 Déc - 2:26

Christiane Charette, l'intervieweuse interviewée

Marc Cassivi

La Presse

Après deux ans de pause, Christiane Charette se retrouve depuis septembre à la barre de l’émission d’avant-midi de la Première Chaîne de Radio-Canada, où elle avait été révélée entre 1991 et 1994. Christiane Charette en direct a ensuite connu de multiples incarnations à la télévision. Conversation avec une intervieweuse hors du commun, autour d’un thème: la radio et la télé.

M.C.: Lorsqu’on a annoncé votre retour à la radio, vous avez dit que vous n’imaginiez plus comment animer une émission sans caméra. Trois mois plus tard, vous en êtes où?

C.C.: Les trois premiers mois, c’est du rodage pur et dur. Les trois premières semaines, c’est l’enfer. C’est souffrant. Ce n’est pas bon. C’est ça qui est terrible dans ce métier. Ce n’est pas bon, mais ça passe à la radio et à la télé. Ça fait partie du métier. Je le sais. J’en ai vécu des rodages. La première année de Christiane Charette en direct (à la télé), je ne la revivrais pas pour tout l’or du monde. Je trouve que les premières semaines sont l’enfer, que les premiers mois sont difficiles et que la première année, on se cherche.

M.C.: C’est toujours aussi difficile, malgré toutes les années d’expérience?

C.C.: C’est plus maîtrisé. Ce que je n’ai pas connu avant et que je vis pour la première fois, c’est la publicité. Il y a eu un gros battage publicitaire avant mon arrivée à la radio. Je ne m’en plaindrai pas. Tant mieux. Mais je n’étais pas prête. Ç’a été annoncé avec de gros panneaux sur l’autoroute. Au secours! Je suis très sensible à ça: au fait d’être médiatisé alors qu’on n’est pas prêt et qu’on ne peut que décevoir. Alors oui, le côté abstrait de la radio, je l’appréhendais. La télévision est plus concrète. Je sentais que je ne savais plus par où commencer à la radio. J’ai été déboussolée pendant quelques semaines. Mais aujourd’hui, je sens surtout la liberté corporelle de la radio.

M.C. : À la radio, on perd un peu cette conscience d’être épié par une caméra.

C.C. : Il y a un abandon du corps qui est extraordinaire. Je goûte pleinement à ça. Comme je suis timide et complexée, la télé m’a pesé. Mais la conclusion, ce n’est pas que c’est tellement mieux à la radio. Je suis, en ce moment de ma vie, tellement mieux à la radio, mais je ne crois pas que la radio soit mieux que la télé dans l’absolu. Les deux ont leur place.

M.C. : Lorsque vous avez annoncé votre retour, Nathalie Petrowski a écrit que vous alliez vous rendre compte que la télé, c’est bien, mais que la radio, c’est bien meilleur. Ce n’est pas tout à fait ça.

C.C. : C’est-à-dire que oui, la radio, c’est bien meilleur. Il y a une qualité de plaisir, de complicité et d’abandon qu’on ne retrouve peut-être pas à la télé. Il y a un rapport au temps qui est différent. Il n’y a pas de pub. Le contenu est plus valorisé. Mais la télé a une force d’impact que la radio a rarement. Dans la balance, ça s’équivaut. Il y a des moments où les circonstances font que l’un est mieux que l’autre, mais dans l’ensemble, ça se compare.

M.C. : Au retour de votre sabbatique, vous auriez été moins angoissée par un retour à la télé...

C.C. : J’ai ressenti l’angoisse de la page blanche et de l’absence de la caméra à la radio. Il y a aussi qu’à la télé, j’aime produire. J’ai une assurance comme productrice que je n’ai pas comme animatrice. J’ai produit mon émission à la télé pour que l’animatrice ait la meilleure productrice pour elle. Je la connais cette animatrice-là. Je sais qu’elle est difficile à suivre et qu’elle a beaucoup d’états d’âme. Je peux l’aider en étant la même personne.

M.C.: Vous parlez de vous à la troisième personne.

C.C.: Oui, oui. Parfois, juste pour rire, je change de chaise en réunion. Je l’ai fait récemment, au 13e étage, dans le bureau de Louis Carrière (la directrice générale de la Première Chaîne). Pour montrer que ce n’était plus l’animatrice qui parlait, mais la productrice et même si je ne produis pas mon émission.

M.C. : Pourquoi votre retour ne s’est pas fait à la télé?

C.C. : Quand je faisais Christiane Charette en direct - la quotidienne trois ans, aux Bobards deux ans et demi et Chez Roger deux ans - il y avait des variantes, mais c’était essentiellement la même émission. J’avais peur de ne pas savoir quand m’arrêter. Mario Clément (le directeur des programmes télé) m’a demandé de retourner en quotidienne le matin, mais je ne le sentais pas. J’avais l’impression d’avoir déjà vu le film, de retourner en arrière. J’ai compris qu’avec Tout le monde en parle, on serait redondant, on jouerait les seconds violons.

M.C. : Vous ne vouliez pas refaire une quotidienne à la télé parce que ç’aurait été retourner en arrière. Vous n’aviez pas la même impression avec la radio?

C.C. : Je n’ai pas animé longtemps à la radio. À l’époque, la radio n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Ça fait longtemps. Je ne m’en souvenais plus. Je n’avais pas de métier. Je n’ai pas du tout eu l’impression de revenir à quelque chose que j’avais déjà fait. D’aucune manière. Je m’étais ennuyée de la quotidienne. En même temps, je me dis aujourd’hui : «Étais-tu folle?». C’est un bouffe-vie. Mais je ne le regrette pas du tout.

* * *
M.C.: Vous avez signé un contrat d’un an à la radio. Y serez-vous pour longtemps? Retournerez-vous à la télé?

C.C.: Je ne sais pas. C’est un métier de l’éphémère. Combien de temps je serai à la radio, je n’en ai aucune idée. C’est une année laboratoire: pour le public, pour mes patrons, pour moi. Mais je ne suis fermée à rien. L’animation télé, j’en referai peut-être. Je ferai de la production télé. L’animation radio, j’adore ça. Je trouve que c’est une très belle chose de ce métier. On peut travailler en radio, en télé, en animation, en production, en quotidienne, en hebdomadaire. C’est génial. D’une certaine façon, mon travail est répétitif: je suis toujours «pognée» avec moi-même! J’aime seulement le direct, je ne fais que des entrevues. Aussi bien varier le format!

M.C. : Je n’ai pas fait de la radio souvent, de la télé encore moins, mais j’ai l’impression qu’à la radio, les invités sont plus disponibles. Peut-être parce qu’ils sont moins soucieux de leur image.

C.C. : On a plus de temps à la radio. On est moins en représentation, même si les bons invités savent qu’ils s’adressent à un public. Spontanément, le rapport n’est pas le même. À la radio, le corps n’est pas épié. La lourdeur de la télé se trouve dans la légèreté du sens corporel. La télé est intrusive. On est sous l’éclairage. On sait que le téléspectateur a une zapette dans les mains. Je ne dis pas ça de manière négative. Parfois, j’aimerais qu’il y ait une caméra.

M.C.: Vous dites d’ailleurs souvent: «C’est dommage qu’il n’y ait pas une caméra dans le studio».

C.C. : J’en suis consciente. Parfois, je me dis que ce qui se passe en studio, c’est de la télé. Alors je le dis. Je nomme beaucoup les choses. Je veux que les gens aient conscience qu’il se passe quelque chose de visuel.

M.C.: À la télé, l’image, c’est déjà un message.

C.C. : C’est vrai. Je pense que ça peut devenir une proposition intéressante que des gens vieillissent à la télé. La génération des baby-boomers est présente. Je crois que ça peut être intéressant de voir autre chose que des gens de 25 ans à la télé. Je trouve ça intéressant que Suzanne Lévesque fasse un retour à la télévision à 60 ans. Ça fait du bien cet équilibre. Je n’y suis pas indifférente.

* * *
M.C.: Il y a des gens qui ne passent pas bien à la télé, comme il y a des gens qui ne passent pas bien à la radio. Qu’est ce qui fait un bon invité?

C.C. : Il y a la question de l’image. Mais il y a aussi des gens qui ont un contenu trop subtil pour la télévision. On prendrait trop de temps à la télé pour cerner leur discours. La radio accepte mieux ces subtilités. À la radio, ce qui fait qu’un invité passe bien ou pas est une question de désir de communiquer. Il y a des gens qui savent des choses mais qui ne sont pas dérangés s’ils ne les disent pas. Je peux les admirer pour leur sérénité, leur force intérieure, mais ça ne passe pas. La force du désir de dire est fondamentale. Si les gens n’ont pas un grand désir de communiquer et d’être entendus, s’ils n’ont pas une urgence de parler, ça passe mal. D’autre part, il y a une conscience de la complicité que certaines personnes n’ont pas. Ils ne réalisent pas qu’on parle au public. Ça prendrait 50 heures de montage pour que ça marche. Il faut aussi dans la livraison, une puissance qui fait que la parole sort du studio pour rejoindre les gens à la maison.

* * *
M.C. : Les dangers du direct ne vous font pas peur. Une histoire comme la famille Dion qui se plante à TVA.

C.C.: Je trouve ça merveilleux! C’est sûr qu’on peut y perdre des plumes, mais il faut prendre des risques, quitte à avoir l’air fou. Quand j’étais petite, je me souviens d’avoir regardé la Reine en visite au Canada et d’avoir trouvé ça tellement plate que je souhaitais qu’elle s’enfarge sur la passerelle en sortant du bateau et qu’elle tombe dans le fleuve! J’aime quand c’est vrai. Pas quand c’est parfait. C’est pour ça que j’aime le direct. À mes risques et périls.

M.C. : Le direct, pour moi, c’est le plus beau remède à la langue de bois. On est tellement entouré de langue de bois.

C.C. : J’ai beaucoup été critiquée pour mon entrevue avec Bernard Landry. Je n’ai pas aimé ça. En même temps, je le referais, et je le referais pareil, en direct. C’est une expérience de vie. J’ai su que je pouvais provoquer des critiques et les encaisser. C’était passionnant. Il y avait un malaise entre Bernard Landry et moi. Les gens l’ont senti. Ceux qui ont haï ça ont raison. Si cette vérité-là ne leur plaisait pas, ils avaient raison de le dire. Mais je ne regrette pas cette entrevue. J’aime vraiment le direct, même quand ça va mal!

* * *
M.C.: Est-ce que ça vous inquiète cette idée que les femmes d’un certain âge disparaissent de l’écran à Radio-Canada?

C.C. : Je n’y pense jamais. Quand j’entends ça, je deviens très individualiste. Je ne pense pas aux femmes d’un certain âge. Je pense à moi. Il n’y a jamais eu autant de femmes actives de cinquante ans. Je me sens beaucoup mieux dans ma peau dans la cinquantaine que je me sentais avant. C’est sûr que j’aimerais être comme je suis, et où je suis, avec le corps et le visage que j’avais à 45 ans. Pas à 25, à 45. Il y a une force de femmes de mon âge qui sont présentes et actives. Il y a peut-être un renversement de situation. Mais si on ne me veut pas, je ne pourrai pas rester. C’est animal, je vais m’en aller. Je suis peureuse, je suis insécure, je suis troublée, je suis angoissée, mais je suis capable d’assumer et de faire face. C’est paradoxal, mais si on ne me veut pas, je vais rentrer chez moi. Ça va faire mal, mais il y aura là une réponse pour moi. J’en ai la confiance fondamentale. On dit qu’il n’y a pas de place pour les femmes de mon âge, mais je suis là. Et on est une gang!

Source: http://www.cyberpresse.ca
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